REPUBLIQUE DU SENEGAL - MINISTERE DE LA SANTE ET DE L'ACTION SOCIALE

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Pr Aminata Sall Diallo, coordonnatrice du PNLH : «Le taux de prévalence a baissé de 17 à 10 % ces dernières années»

Pr Aminata Sall Diallo, coordonnatrice du PNLH : «Le taux de prévalence a baissé de 17 à 10 % ces dernières années»

Le Sénégal a gagné 7 points, ces dernières années, dans la lutte contre les hépatites puisque le taux de prévalence est passé de 17 à 10 %. Mieux, le traitement et dépistage sont disponibles. A cela s’ajoute la vaccination dont la couverture dépasse largement le taux de 80 %. Dans cet entretien, le Pr Aminata Sall Diallo, Coordonnatrice du Programme national de lutte contre les hépatites, a confirmé l’effectivité de la décentralisation du programme depuis la dernière Journée mondiale consacrée à cette maladie. Elle a aussi parlé de la structuration du programme, son budget et les perspectives de la lutte contre les hépatites au Sénégal.

Quelle est la situation de la lutte contre les hépatites virales au Sénégal, en particulier l’hépatite B ?

La situation est préoccupante puisque notre pays est dans la zone de haute endémicité des hépatites virales, particulièrement l’hépatite B. Il faut rappeler que le Sénégal a créé le Programme national de lutte contre les hépatites (Pnlh) en 1999. Nous avons été le premier pays en Afrique subsaharienne à avoir ce genre de projet. En cette période, la prévalence de l’hépatite B était de 17 % de porteurs chroniques dans la population générale, c’est-à-dire potentiellement 17 % de porteurs qui peuvent évoluer vers la cirrhose et le cancer du foie. Quand nous avons fait le point en 2018, après plusieurs années de vaccination, la prévalence est descendue à 10 % ; ce qui veut dire que nous avons perdu 7 points de prévalence. C’est énorme en termes d’épidémiologie. Cependant, nous avons encore beaucoup de cas d’hépatites, mais des efforts importants ont été faits et des résultats significatifs obtenus ces dernières années.

Vous avez introduit la vaccination des enfants dès leur naissance. Peut-on espérer que, dans les prochaines années, on ne parlera plus d’hépatite au Sénégal ?

Le Programme national de lutte contre les hépatites a été créé avec un objectif clair : vacciner tous les enfants de 0 à 5 ans. Quand nous avions démarré cette vaccination, le Pnlh était une délégation de mission publique à une organisation non gouvernementale qui, à l’époque, était la Fondation Elisabeth Diouf solidarité partage. Pendant plusieurs années, le financement a été assuré par cette structure. Nous avons introduit la vaccination à la naissance dès 1999, avec un bon calendrier vaccinal. En 2004, lorsque Gavi a démarré son programme de vaccination de soutien aux pays, nous avions déjà vacciné, au Sénégal, 30 % des enfants de 0 à 59 mois. Dans la même année, la vaccination des hépatites a été introduite dans le Programme élargi de vaccination (Pev). Je dois rappeler que cette délégation de service public à une organisation non gouvernementale a continué jusqu’à en 2006 avant que le ministre de la Santé de l’époque, Abdou Fall, nous ait demandé d’intégrer le Pnlh dans son département, notamment à la Division de la lutte contre la maladie. Cela été un tournant important dans la lutte contre les hépatites au Sénégal. Il faut saluer et remercier beaucoup d’acteurs qui, de 1999 à 2004, ont travaillé bénévolement au sein de ce programme. Je voudrais remercier particulièrement le colonel Cheikh Diagne, l’ex-Directeur des Services de santé des armées, qui a été le superviseur national, le Dr Amadou Alpha Sall, l’actuel Administrateur de l’Institut Pasteur de Dakar, et le Pr Mamadou Sarr, Directeur de la Qualité à l’Université Cheikh Anta de Dakar. Tous ces gens étaient engagés aux côtés de la Fondation Elisabeth Diouf pour que nous puissions, ensemble, venir à bout de ce fléau.

Comment est structuré le PNLH ? Dispose-t-il d’assez de ressources financières et humaines ?

Les faits sont têtus, mais le Programme national de lutte contre les hépatites a une histoire. Je dis bien qu’il s’agissait d’une délégation de mission publique à une organisation non gouvernementale jusqu’en 2006. On ne peut pas comparer le Pnlh aux autres programmes comme le Sida, le paludisme et la tuberculose, parce que découlant de la gouvernance mondiale de la santé où il existe un programme structuré d’une certaine façon avec des moyens et des objectifs clairement définis. Pour atteindre ces objectifs, les bailleurs mettent la main à la poche en octroyant des moyens colossaux à ces programmes. Cela n’a jamais été le cas pour le Pnlh. Il a vu le jour par la volonté de certains acteurs, avec l’appui d’une organisation non gouvernementale, et nous sommes arrivés à ce résultat dont nous sommes fiers aujourd’hui. Comment est structuré le Programme national de lutte contre les hépatites ? J’ai l’arrêté par devers moi depuis 2006. Le Pnlh est constitué de 5 personnes : la Coordonatrice, deux superviseurs, un responsable administratif et financier et un chauffeur converti en vaguemestre puisque nous n’avons pas de véhicule. Voilà la structuration du Programme de 2006 à maintenant. Je pense que nous devons rendre hommage à ces personnes parce que qui peut le plus peut le moins.
Si un programme de 5 personnes peut aboutir à un certain nombre de résultats en faisant en sorte que la vaccination ne soit plus un problème au Sénégal, le dépistage et la décentralisation soient effectifs depuis la dernière Journée mondiale des hépatites où nous étions à Fatick pour cette décentralisation, l’on ne vienne pas alors nous faire un procès en disant qu’il n’est pas décentralisé. Le Pnlh est décentralisé depuis le 28 juillet, à Fatick, où nous étions avec le ministre de la Santé et le représentant de l’Organisation mondiale de la santé (Oms). Aujourd’hui, tous les modules sont disponibles chez les médecins-chefs et les équipes cadres des districts pour la formation qui débutera dans la première semaine du mois de septembre. Nous faisons partie des gens qui avaient porté le combat pour que la lutte contre les hépatites soit décentralisée, car nous trouvions qu’elle était trop centralisée à Dakar et reposait sur des spécialistes comme des gastroentérologues. Nous avions estimé que ce n’est pas de la santé publique. Nous sommes des fervents défenseurs de la décentralisation de la lutte contre les hépatites. Si nous en sommes arrivés là, c’est parce que nous avons défendu cette politique et nous sommes heureux et fiers de l’avoir fait.

N’est-il pas nécessaire d’avoir des points focaux dans les régions comme vous êtes sur la voie de la décentralisation ?

C’est déjà fait. Chaque région a un médecin référent. Nous utilisons, aujourd’hui, la plateforme Vih/tuberculose qui a déjà des points focaux dans toutes les régions. Ces derniers peuvent servir pour les hépatites. Pourquoi devons-nous avoir des points focaux partout ? Qui va payer les payer et avec quel budget ? Je pense qu’il faut être raisonnable, capitaliser tout ce qui existe et voir comment faire à partir de ce qui existe pour être le plus efficace possible. C’est ce que nous avons fait dans le cadre de ce programme. Nous n’avons pas besoin d’être encombrés par des gens qui ne nous apporteront rien du tout sinon retarder la lutte contre les hépatites au Sénégal.

Malgré ces efforts, pourquoi le Sénégal ne peut-il pas avoir un programme à l’image de celui du paludisme avec plus des ressources humaines ? Sinon quelle est la différence entre le Programme national de lutte contre les hépatites et celui du paludisme ou de la tuberculose ?

Quelle est l’efficience d’avoir un programme avec de centaines de personnes ? Ce qui fait l’efficience d’un programme, c’est d’avoir des objectifs clairs, les mener et atteindre des résultats avec le minimum de moyens. Pourquoi le Programme n’est pas structuré comme les autres ? C’est parce qu’il n’a pas assez de moyens. Je vais juste parler du budget de fonctionnement du Pnlh. En 2006, il était d’environ 20 millions de FCfa quand nous intégrions le Pnlh au ministère de la Santé. Il est géré par la Dage dudit ministère. Je n’ai jamais géré des fonds de l’Etat du Sénégal. Mais que peut-on faire avec 20 millions de FCfa ? Si vous recrutez du monde, qui va les payer ?

C’est pour cette raison que nous sommes adossés sur le système de santé qui existe pour assurer la vaccination et faire de la communication. Je pense qu’aujourd’hui nous pouvons être efficients en dépensant moins et en faisant le focus sur le malade. Beaucoup de sommes ont été dépensées dans les programmes. Les gens qui évoquent ces genres de programmes cherchent à se positionner par rapport aux hépatites. Malheureusement, ils n’ont pas de portes d’entrée.

Le budget a-t-il évolué, parce que 20 millions FCfa, c’est quand même peu pour combattre une maladie ?

Le budget maximal a été de 35 millions de FCfa grâce au ministre Modou Diagne Fada qui avait décidé d’augmenter les ressources pour combattre cette maladie. Malheureusement, il est retombé, aujourd’hui, à 27 millions de FCfa. Encore une fois, cet argent n’est pas géré par la Coordonnatrice du programme, mais par la Division de la lutte contre la maladie logée au ministère de la Santé et de l’Action sociale.

Vous avez beaucoup de responsabilités : conseillère au ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, Professeur à l’Université de Dakar et chef du projet Pse-J. Par conséquent, comment arrivez-vous à consacrer assez de temps à la lutte contre des hépatites…

Je défie ceux qui disent cela en leur répondant sur la base des rapports d’activités. Ils n’ont qu’à aller interroger le ministre de l’Enseignement supérieur. Je n’ai jamais failli en temps que conseillère. Aussi, ils n’ont qu’à faire un tour au projet Pse-J, une des réformes phares qui a plus de résultats. Ce n’est pas moi qui le dis. C’est la réforme alignement de l’enseignement supérieur des besoins économiques qui le souligne. Quant aux hépatites, si je n’ai pas donné ma vie à ces affections, je me demande qui en a plus fait que moi dans ce pays. Je n’ai pas le temps, qu’ils aillent visiter le Pnlh, ils verront que je m’occupe bien de la lutte contre les hépatites.

Actuellement, quelle est la perspective de la lutte contre les hépatites au Sénégal ?

La perspective est claire. Les gens qui parlent, aujourd’hui, du dépistage et du traitement, je leur demande seulement depuis quand le Sénégal dispose de médicaments ? Nous avons eu ces traitements tout récemment. Pendant longtemps, j’ai demandé à ce que l’on ne fasse pas de dépistage parce que nous avons un problème éthique puisque l’on ne peut pas dépister des gens et leur dire que nous n’avons rien à leur offrir. Quand on dépiste des citoyens sénégalais, nous devons être à mesure de mettre sur la table des moyens pour les traiter. Jusqu’à récemment, c’est l’interféron piquilique qui est utilisé pour traiter les malades. Le président de l’association « Saafara hépatites » en sait quelque chose puisqu’il a été bénéficiaire de ce traitement. Il a été entièrement subventionné par le Programme national de lutte contre les hépatites. Dès que le téthénophovire est venu et que nous avons vu qu’il y a une possibilité de contrôler les hépatites en utilisant cette molécule, nous avons rendu disponible le produit. Il est même subventionné par l’Etat. Son prix varie entre 5.000 et 2.500 FCfa par paquet. Les prix sont ainsi fixés : 5.000 FCfa pour les personnes bénéficiant d’une assurance maladie et 2.500 FCfa pour celles qui n’en ont pas. Les indigents ne paient pas parce que figurant sur la liste des bénéficiaires de la Bourse de sécurité familiale.

Il y a aussi l’hépatite C dont nous ne disposons pas de la molécule qui permet de la guérir. Je pense que le Sénégal est résolument engagé vers le traitement des porteurs chroniques des hépatites C pour pouvoir endiguer cette maladie, car son élimination est possible. Voilà ce que nous avons fait en rendant le traitement et le dépistage des hépatites disponibles dans le pays. Mieux, nous avons vacciné avec des taux de couverture vaccinale qui dépassent 80 % aujourd’hui. Il ne faut pas oublier que la lutte contre les hépatites ne concerne pas seulement le Pnlh.

Il existe d’autres acteurs, car en 1982, le Sénégal avait commencé à dépister l’hépatite B chez les donneurs pour arrêter la transmission par le sang. Cela est aussi à saluer. Le Sénégal a une longue tradition dans la lutte contre les hépatites parce que c’est l’école de Dakar qui a montré, pour la première fois, à la face du monde, qu’il y avait une filiation hépatites-cirrhose-cancer du foie.

Propos recueillis par Eugène KALY - LE SOLEIL

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